Le virage ambulatoire : vers une hospitalisation rentable ?

Le virage ambulatoire : vers une hospitalisation rentable ?
Le virage ambulatoire : vers une hospitalisation rentable ?

Le virage ambulatoire encourage le retour rapide à domicile après une hospitalisation. Sous couvert d’une meilleure maîtrise des dépenses de santé, le retour à domicile est déclaré comme salutaire car de meilleur confort pour le patient qui réintègre son lieu de vie. Mais que pense un malade de son séjour hospitalier toujours plus écourté suite à une intervention chirurgicale ou à un traitement lourd ? Comment une personne âgée vit son retour dans sa solitude quotidienne alors qu’elle n’a pas encore bien appréhendé les traitements médicaux qu’elle vient de recevoir et ceux qu’elle va avoir ? La peur de la douleur, de la complication médicale ou des suites de sa maladie comme la prise en charge des traitements parfois difficiles à tolérer ne sont plus accompagnés par le personnel médical de l’hôpital. Est-ce bien un progrès de la médecine que de vouloir se dispenser d’une hospitalisation digne de ce nom ? Il semble que seules les personnes bien portantes soient pleinement convaincues de la pertinence du retour rapide à domicile. Les malades sont généralement moins candidats à cette économie de séjour hospitalier… L’expérience souvent douloureuse de la maladie modifie durablement les avis sur cette question !
Lors d’une journée d’hôpital, les soins représentent en moyenne 2 heures sur 24. Les 22 heures qui restent sont de la « surveillance passive ». Pour les économistes, c’est du temps perdu, qu’il vaut mieux passer à la maison, avec des soins ponctuels faits par des infirmières qui viennent à domicile.

Cette lecture de l’activité hospitalière ne rend pas hommage au temps consacré à la relation humaine soignants-soigné, à tout ces personnels hospitaliers totalement impliqués et dévoués dans l’exercice de leur métier. Toute personne qui a vécu un séjour hospitalier sait l’importance de la visite d’un personnel soignant pendant ces 22 heures qui ne « servent à rien » le délivrant de sa solitude et de son angoisse de ne plus appartenir au monde des biens portants. La surveillance passive c’est une relation de confiance, première thérapie efficace pour lutter contre la vulnérabilité que connait le malade. La surveillance passive c’est la sécurité de la permanence des soins, la présence d’une chaîne humaine de l’aide soignante jusqu’au chirurgien capable d’intervenir immédiatement à votre appel…

L’hôpital et la médecine moderne ont pour mission de nous soigner, de nous accompagner du mieux possible durant l’épreuve de la maladie. Le retour rapide à domicile est-il toujours compatible avec cette mission ? Quelle en est sa réelle motivation ? L’aspect économique nous est désormais imposé comme la raison supérieure à toutes les autres dimensions de la situation.
Mais peut-on considérer les soins comme une activité quelconque, soumise aux règles indépassables de l’économie, celles qui prônent toujours plus de compétitivité, pour toujours plus de profitabilité ?
La rentabilité a-t-elle un sens en matière de soins ? Doit on calculer le prix de revient d’un traitement eu égard à la solvabilité d’un patient ?
Finalement, la maladie doit-elle devenir rentable grâce aux actes proposés ?
Soyons clairs, le retour rapide à domicile est une expression supplémentaire de la marchandisation de la santé des personnes. Mais n’en déplaise aux marchands de soins économes, aux commerçants de la santé commerciale, la maison n’est pas le lieu de vie d’un malade.
Il s’agit davantage d’un retour au moyen-âge que d’une porte ouverte sur une médecine responsable du 3eme millénaire. C’est une régression de notre modèle sociétal. Ne nous perdons pas dans les arguties de la santé commerciale : la santé de tous mérite mieux. Refuser l’accès à l’hospitalisation est une démission de notre modèle économique. Car le retour « forcé » à la maison d’un malade est une forme lâche d’abandon. A quoi sert la médecine des hôpitaux si on expulse les malades vers leur domicile ? C’est honteux pour notre république que de ne pas s’occuper correctement de ses malades.
C’est le pays pauvre, le pays sous développé qui ne peut pas garder ses malades à l’hôpital. C’est la médecine de l’Afrique subsaharienne du début du XXe siècle.
La France est-elle aujourd’hui devenue un pays sous développé ?
Si nous sommes capables de construire des stades de football, c’est assurément que nous avons les moyens de faire séjourner convenablement nos malades à l’hôpital. C’est une question de priorités.
Laurent AMBROISE-CASTEROT

Vous informer !

S'inscrire à la News