APST soutient que la Santé n’est pas un commerce, informe et mobilise l’opinion à ce sujet.

APST soutient que la Santé n’est pas un commerce, informe et mobilise l’opinion à ce sujet.

De jour en jour en France, la Santé se voit réduite à un produit commercial, un « marché juteux », sous les coups de boutoir de prédateurs divers qui cherchent à en tirer un profit maximum.
Cette grille de lecture se retrouve au fil des colloques, forum et autres tables rondes.
Accepterons-nous passivement la promesse de cette société ?
Doit-on considérer le malade comme un consommateur de soins et la maladie comme un marché lucratif, nier notre vulnérabilité humaine, et faire fi de notre dignité ?

Compte-rendu de la table ronde organisée par la chaire TDTE ( Transitions Démographiques, Transitions Economiques), participants : Stéphane Junique Président d’Harmonie Mutuelle, Guillaume Sarkozy pour Malakoff Médéric, Thomas Barnay pour TDTE, Fabrice Nabet pour la startup Wellfunder.

« Quels modèles économiques pour les complémentaires santé ?»

La vision des intervenants était claire :
la santé est un ensemble de déterminants sur lesquels les complémentaires doivent agir pour accompagner le « risque santé » : la prévention, les comportements, l’environnement de vie, le maintien du lien social.
la valeur ajoutée (la marge de bénéfice) des complémentaires santé étant très faible jusque-là, il est indispensable qu’elles se repositionnent grâce :
à la prévention
au numérique
La prévention
Les complémentaires santé pointent uniquement la responsabilité individuelle du patient et omettent de considérer l’importance des facteurs environnementaux.
Pour un assureur, la santé est un « risque long » : comment à la fois diminuer ce risque (donc ses dépenses) et créer de nouvelles sources de revenus ? En ouvrant des « marchés de prévention » liés au « bon » comportement (cf. Generali), au « bon » environnement de vie, au « bon » maintien du lien social.
L’environnement est d’ailleurs un « champ de recherches nouveau » !
Avec la grille de lecture d’un assureur, l’environnement c’est :
l’aménagement du logement,
les aidants et leur statut,
le financement de la dépendance par le viager intermédié,
les conditions de travail avec l’impact du travail sur la santé (risques psychosociaux)
les impacts de la retraite sur la santé (désoeuvrement et perte du lien social).
Rien sur la pollution et les maladies qu’elle provoque, ni sur le changement climatique et la perte de la biodiversité : l’environnement pour eux n’est que le marché qui existe dans les environs du patient.
S’ils reconnaissent le problème des coûts liés aux maladies chroniques, ils l’imputent à la seule responsabilité individuelle (tabac, alcool, alimentation, sédentarité,…).
Notre question posée sur l’urgence à s’occuper des causes environnementales de toutes ces maladies chroniques n’a reçu qu’un acquiescement poli avant de parler d’autre chose !

Le numérique
Ici encore, les complémentaires santé n’envisagent que les opportunités de marché en lien avec le développement des nouvelles technologies. Les notions de solidarité et de réussite des parcours santé et soins sont occultées
C’est l’outil du futur nous disent les participants, avec les plateformes numériques qui permettront de gérer le partage des données de santé, la rémunération des médecins dans les réseaux de soins (indispensables et véritables « écosystèmes »), les objets connectés.

La sécurité sociale est essentielle à l’équilibre social français, ont-ils affirmé : le digital va y jouer un rôle essentiel en se « servant bien des informations numériques », c’est-à-dire en exploitant au mieux les données massives (big-data) de santé.
Les complémentaires préconisent d’ailleurs une évolution de la réglementation afin de créer une assurance de santé 100% digitale, permettant de « lever les freins de l’indépendance des professionnels de santé ».
En effet, de leur point de vue, le traitement des données de santé, est freiné du fait à la fois :
des médecins, qui ne se servent pas du DMP (Dossier Médical Personnalisé) parce qu’ils ne savent pas l’utiliser ou qu’ils n’en ont pas le temps.
De la protection des données de santé, véritable barrière à leur libre circulation et libre utilisation

Devant le développement de ce marché de la santé, la vulnérabilité du patient, la protection de ses données et le nécessaire lien de confiance avec son médecin, ne pèsent pas bien lourd.

Ils en sont convaincus : le numérique va impacter la santé, recréer du lien social, permettre de faire de la prévention. Ils vont donc accompagner les acteurs du système de santé pour qu’ils « adaptent leurs services ».
Voire même que « les médecins et les complémentaires créent des startups pour que ces innovations soient utilisées ». Car actuellement, les startups en santé sont créées par des ingénieurs et des jeunes sortants des écoles de commerce, sans résultat convainquant. Comme les plateformes de financement participatif qui au début voulaient financer le progrès technologique médical : aujourd’hui, elles financent des restes à charge de soins car la demande est là.
C’est un détournement du crowdfunding, qui, en plus, ne marche pas toujours : certains malades n’ont pas obtenu leur financement et ne se sont pas soignés.
Les complémentaires regrettent que la médecine prédictive soit ignorée en France : elle leur rendrait pourtant tellement de services en permettant de soigner par avance les patients, d’une maladie prédite et ainsi évitée.
Car leur grande inquiétude est « l’explosion du nombre de gens très âgés et valides nécessitant des soins d’accompagnement couteux : 1 million actuellement et une prévision de 5 millions en 2050 ».
La table ronde estime qu’heureusement, il y a une façon révolutionnaire de parler du vieillissement : le vieillissement, c’est l’innovation ! Le vieillissement, c’est un pacte entre les générations !
Le vieillissement, c’est aussi un marché…
Et les complémentaires regrettent que la « Silver économie » (l’ensemble des activités économiques liées aux personnes âgées) ait du mal à décoller. Elles constatent que la société française ne veut pas consacrer d’argent à la dépendance. Pourtant, « la génération actuelle de séniors est la première génération à avoir eu des parents dépendants ou en maison de retraite : donc, ils savent ce qui les attend ! ».
Selon les complémentaires, le marché est bien là mais pas assez mûr : « il faut davantage de produits labellisés pour augmenter l’offre de la silver économie » ont-ils préconisé.
Le chemin que prennent les progrès de la technique additionnés à la conviction que tout est commerce, nous interpelle.
Ce chemin n’est plus orienté vers la dignité humaine : la vulnérabilité de l’Homme malade, souffrant et apeuré, n’est plus respectée.
L’APST milite pour un changement de grille de lecture : être moins malade, c’est possible ! Pouvoir se soigner selon ses besoins, c’est possible ! Bénéficier de la reconnaissance chaleureuse et empathique d’une relation de soin humaine, c’est possible !
Demandons que ces débats de fond soient posés en place publique ! Saisissons l’opportunité des élections présidentielles et osons donner notre avis !

Nathalie FERRAND-LEFRANC

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