une malformation à cause des pesticides utilisés par son voisin ?

La santé environnementale au plus près de chez nous
La médiatisation des cas d’enfants nés sans bras permettrait-elle à d’autres familles de dire leur réalité ?
Ce témoignage permet de réaliser que nous sommes tous impactés par notre environnement de plus en plus chimique et de plus en plus toxique.
En 1930, 1 million de tonne de produits chimiques était produite. En 2009, c’était…. 300 millions de tonne !
7 nouvelles substances chimiques sont introduites tous les jours dans le commerce.
Cette overdose chimique provoque des dégâts. Il est urgent de réagir, individuellement et collectivement.

Nathalie Ferrand-Lefranc

Tarn : Luna est-elle née avec une malformation à cause des pesticides utilisés par son voisin ?

Environnement

Luna est née avec une malformation : elle n'a pas de doigts à la main droite/ Photo DDM Marie-Pierre Volle
Luna est née avec une malformation : elle n’a pas de doigts à la main droite/ Photo DDM Marie-Pierre Volle

Luna est une jolie petite fille de cinq ans en pleine forme qui vit à Ambialet, dans le Tarn. Malheureusement, elle est née avec une malformation. Elle n’a pas de doigts à la main droite. Ses parents accusent l’agriculteur qui utilise des pesticides sur le champ voisin de leur maison d’être à l’origine de cette maladie.

« La naissance de Luna. Cela devait être un jour si heureux, si beau. Quand on a vu qu’à sa main droite elle n’avait pas de doigts, le ciel nous est tombé sur la tête. » Cette image hante encore Hélène Laborde et son mari Frédéric. « Très vite, les médecins m’ont fait tous les tests. Aucun problème génétique. Je n’ai pris aucun médicament durant ma grossesse. Je ne buvais que de l’eau en bouteille. Ils ont alors pensé que ça pourrait venir du cordon ombilical qui se serait enroulé autour de la main. Là aussi, ce n’était pas cela car j’ai subi une césarienne. Le chirurgien l’aurait vu durant l’opération. »

Face à ces analyses négatives, les deux parents se retrouvent devant un mur d’incompréhension. « Jusqu’au jour où, à la maternité, on nous a demandés si on n’habitait pas près d’un vignoble ou d’une exploitation agricole. » Tout de suite, une image leur revient. « Nous avons un champ de production de céréales qui touche notre maison (NDLR, à la sortie d’Ambialet, direction le Prieuré, à quelques centaines de mètres du Tarn). Le propriétaire n’hésite pas, avec son tracteur et sa remorque, à traiter ses terres avec des produits phytosanitaires », appuie Frédéric. « En mai et juin, alors que j’étais enceinte de 4 et 5 mois, il a sulfaté sa parcelle », se rappelle, émue, la maman. Pendant ce temps, Luna joue avec son frère cadet, Nino.

« Nous demandons juste qu’il arrête de traiter son champ avec des pesticides »

« Nous ne demandons qu’une chose. Qu’il arrête de polluer. Ce n’est pas la fin du monde, tout de même. » Mais l’agriculteur ne veut rien savoir. « On va tous mourir d’un cancer », leur a-t-il répliqué. Du coup, il continue comme si rien ne s’était passé. Face à cette situation, le couple d’enseignants écrit des courriers à l’ARS ( Agence régionale de la santé), au maire d’Ambialet, à la communauté de communes, au député de la circonscription. « On attend toujours. Les seuls qui nous ont montré une vraie écoute, ce sont les gendarmes. Pour l’instant, on n’a pas porté plainte. Mais on réfléchit. » La seule évolution, ce sont des analyses qui ont été réalisées par les services de l’Etat : « Malheureusement, nous ne connaissons pas les résultats. »

« On part à l’hôtel quand il traite son champ »

Le stress est permanent. « Surtout quand nous avons décidé d’avoir un deuxième enfant. On a tellement peur, qu’à chaque fois qu’il traite son champ, on part trois jours à l’hôtel. On ne veut prendre aucun risque », renchérit Frédéric. Nino, lui, n’a aucune malformation. « Mon Dieu, heureusement. Mais le pauvre petit a quand même été intoxiqué par le lait de Lactalis », soupire Hélène. Quand le sort s’acharne.

Et Luna, comment va-t-elle ? « C’est une petite fille pleine de vie, qui suit sa scolarité à la Calendreta d’Albi, ça se passe merveilleusement bien », sourit sa maman en la regardant. « Luna est parfaitement intégrée avec les autres enfants. Elle est un peu la mascotte de la classe. »

Reste le médical, la possibilité d’une greffe. « On est allé voir deux grands spécialistes, un à Toulouse, l’autre à Bordeaux. On a eu la même réponse. La greffe, ce ne serait pas loin de dix ans de combat. Ils sont d’accord pour nous dire que notre Luna, en naissant avec cette malformation, a appris très vite à vivre avec. On a décidé de rester comme cela. On verra quand elle sera plus grande, si elle désire avoir une prothèse », confie Hélène.

Luna va faire un petit tour dans sa chambre qu’elle fait découvrir avec fierté. Et le regard des autres sur sa malformation ? « Parfois, c’est un peu pénible, surtout à la piscine. Mais bon, on fait avec. »

Mordue par un crocodile

« Quand certains enfants lui demandent ce qu’il lui est arrivé, elle répond – « je me suis fait mordre par un crocodile », s’amusent ses parents. « Mais pas de problème, elle sait se défendre. » Derrière eux, une porte-fenêtre et ce satané champ. « On aimerait retrouver la sérénité. On est bien ici, au calme, en pleine campagne. On aimerait avoir un troisième enfant. Mais ces foutus pesticides nous font tellement peur», lâchent-ils.

Malgré plusieurs messages laissés à l’agriculteur propriétaire du champ incriminé, ce dernier n’a pas répondu à par La Dépêche du Midi.

Vous informer !

S'inscrire à la News