Gilets jaunes : crise d’essence ou de sens ?

Et si ce n’était pas d’essence dont les gilets jaunes avaient besoin, mais de redonner du sens au contrat social avec l’Etat et les entreprises ?

L’Etat, c’est la personne morale de la nation.

La nation, c’est l’ensemble de citoyens qui vivent sur le même territoire, et partagent une langue, une culture, des règles de vivre ensemble.

Ces règles de vivre ensemble en France sont la république démocratique, c’est tout ce que nous mettons en commun pour que chacun vive dignement.

L’accroissement des richesses n’est qu’un moyen d’atteindre cet objectif.

Or depuis une trentaine d’année nous assistons à une inversion insidieuse de l’objectif de la vie digne et du moyen de l’accroissement des richesses. Cette inversion s’est fortement accélérée avec l’idée macronienne de la « start up nation ».

Pourtant, tout un chacun sait qu’une nation ne peut être une entreprise, car elle ne sélectionne pas ses habitants, et ne les licencie pas non plus !

Une nation, c’est un ensemble d’humains porteurs de spécificités, de diversités, de fragilités, de capacités, de colères et d’espoirs.

C’est peut-être de cette inversion d’objectif que découle toute la désagrégation de notre société française, européenne et même mondiale ?

A cette inversion s’ajoutent les défis climatiques et ses impasses écologiques (comme la perte de la  biodiversité), auxquels nous sommes désormais confrontés. Ils nous obligent en même temps à diminuer les gaz à effet de serre (GES), et à nous adapter aux conséquences du changement climatique, comme l’augmentation des températures, les pluies diluviennes, les tornades ou les incendies géants.

Le changement climatique et la lutte contre les GES vont tout impacter : notre alimentation, nos réserves d’eau, notre santé, nos besoins d’énergie, notre mobilité, ….

Nous avons donc tous besoin de lucidité, de courage et de créativité.

Et un ré-ancrage très fort dans ce qui fonde notre humanité : le respect de la dignité humaine et de notre vulnérabilité, la nécessaire solidarité et le respect de notre bien commun à tous, à savoir notre planète, son eau, sa biodiversité, ses ressources naturelles.

Il faut à nos responsables politiques une conversion réelle à l’urgence de ces réalités : car au final, avec le mouvement des « gilets jaunes », on voit bien que ce n’est pas l’économie qui mène le monde mais bien la politique des citoyens, permettant la cohésion sociale.

En même temps, un autre défi  nous interpelle : l’envahissement de nos vies humaines par le numérique. Parce qu’il permettait une croissance économique devenu l’objectif, nulle éthique humaine ne l’a limité. Il a été utilisé pour accroître les richesses  mais de seulement quelques-uns.

Et on assiste de façon impuissante à ses dérives : l’atteinte à la vie privée, l’addiction, la solitude, la manipulation, les escroqueries, le hacking, la surveillance de masse.

Décidément, la « start up nation » et la « république numérique » sont des modèles incompatibles avec nos réalités humaines que sont nos besoins d’appartenance au groupe des humains par la reconnaissance d’une vie digne, nos besoins de relations humains, nos besoins d’amour.

L’actuelle mise en périphérie des politiques et des corps intermédiaires, montre qu’ils ne pourront pas faire seuls ce changement de scénario : ça tombe bien, il y a plein de volontaires sur les ronds-points !

Nathalie FERRAND-LEFRANC

APST – 9 décembre 2018-

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